• journal d'une conscience (© Hécate)

    voici un texte personnel (texte écrit pour un projet au collège de ma fille)  :

     

    JOURNAL D'UNE CONSCIENCE

     

    Mardi 10 mars 2015

     

    Cela fait quelques temps que je l'observe, sans qu'elle s'en aperçoive. C'est là le meilleur moment, car quand elle sait qu'elle est observée, elle se compose un masque. Elle n'aime pas montrer ses faiblesses, ses cassures, alors quand elle se croit seule, je l'observe attentivement. Parfois un voile triste s'abat sur ses yeux, furtivement, mais elle se reprend vite et affiche de nouveau ce visage souriant. Souriante, elle l'est toujours, même lorsque cela ne va pas. Elle est comme cela. Toujours souriante et toujours gentille, mais sans jamais se forcer, car c'est sa nature.

     

    Mercredi 11 mars 2015

     

    13 ans. Cela fait 13 ans qu'elle ne s'occupe plus ou peu d'elle. Mais des autres oui ! Il faut aussi dire que tout n'a pas été facile ces dernières années : problèmes d'argent, perte de travail, dépression de son mari, souci de santé et j'en passe. Une vraie spirale d'événements. Elle s'est retrouvée « seule » pour gérer, sans beaucoup de soutien de la part de la famille et des amis. Ils ne comprenaient pas.... « Une dépression ?? Du cinéma, ça se guérit vite » qu'ils disaient. « Ce n'est pas possible d'être dans cet état si longtemps ! » lui répétaient-ils. « Mais ils ne peuvent pas vous laisser comme cela sans argent voyons ! » « vous ne savez pas gérer votre budget ! » lui a-t-on répondu également. Se retrouver seule pour élever 2 enfants en bas-âge, gérer les soucis du quotidien, la maladie, cela devient vite pesant. Je ne sais pas comment elle a fait pour tenir toutes ces années, mais le fait est qu'elle a tenu, qu'elle s'est battue contre tous et qu'elle a réussi. Plusieurs de ses « ami(e)s lui avaient conseillé de laisser tomber, de quitter son mari. Il la faisait souffrir donc à quoi bon rester ? Et puis les enfants n'avaient pas besoin de vivre avec un père fantôme, complètement replié sur lui-même et devenu alcoolique qui plus est ! Et puis lorsqu'on est déclarée mère célibataire, avec deux enfants, cela rapporte ! Mais elle a tenu le coup. « Si je dois me séparer de mon mari, cela se fera mais quand il aura retrouvé ses esprits et qu'on en aura discuté sérieusement tous les deux. En attendant je reste, je ne prendrais pas de décision sur un coup de tête et encore moins pendant qu'il est dans cet état ! » leur répondait-elle à chaque fois. Elle a perdu beaucoup d'ami(e)s, mais cela importait peu pour elle.

     

    Jeudi 12 mars 2015

     

    Je vois bien qu'aujourd'hui elle a un petit coup de blues. Elle ne dit rien, pensant que personne ne le verrait. Elle est comme cela, garde tout à l'intérieur d'elle. C'est une habitude qu'elle a gardé du temps où son mari était en dépression. Je me rappelle le jour où elle a dut lui annoncer la mort de son meilleur ami. Elle avait été le chercher à la sortie du travail. Je vois encore son expression lorsqu'elle lui a dit : « Lulu est mort, je suis désolée ». De la surprise puis la compassion puis enfin la décomposition de son visage lorsqu'il a comprit qu'elle ne parlait pas de son père à elle mais son meilleur ami, à lui.

     

    La veille, il devait passer les voir et comme il ne venait pas, son mari avait appelé, juste pour voir. Tout allait bien, il s'était juste endormi mais il arrivait. Finalement il n'est jamais venu. Il s'est rendormi mais ce coup-ci pour toujours. Rupture d'anévrisme pendant le sommeil. Son mari s'en est toujours voulu. Souvent il répétait « si j'avais été le chercher, j'aurais peut-être pu faire quelque chose ! L'emmener aux urgences ! Il serait peut-être encore là ! ».

    Mais en réalité, qu'aurait-il fait de plus ?

     

    Jeudi 21 mai 2015

     

    Son anniversaire approche. Elle n'aime pas le fêter. En fait, elle n'aime pas préparer son anniversaire, prévoir le repas, lancer les invitations etc... A chaque fois c'est la même chose, elle prévoit quelque chose puis finalement rien ne se passe comme cela aurait dut être, il y a toujours une personne qui décide de prendre les choses en main sans lui demander son avis. Si elle pouvait, elle ne le fêterait pas son anniversaire.

     

    Samedi 23 mai 2015

     

    Elle a craqué ! Oui c'est rare venant d'elle mais à force d'encaisser... Elle s'en est pris à son beau-frère.... Faut avouer aussi qu'il le cherchait bien depuis quelques temps. Elle lui a dit ses quatre vérités, tout ce qu'elle ressentait, son ras le bol de ramasser ses beau-parents, ses enfants, son mari à la petite cuillère à cause de ses conneries, son ras le bol de tout gérer et de gérer tout le monde. Bref elle s'est lâchée. Chose étonnante, son beau-frère lui a présenté des excuses dans la journée. Comme quoi tout peut arrivé.

     

    Lundi 25 mai 2015

     

    Parfois je me demande si elle repense au passé. Agirait-elle différemment si elle le pouvait ?. Continuerait elle ses études au lieu d'arrêter ? Sacrifierait elle autant qu'elle l'a fait jusqu'à maintenant ? La connaissant, je parie que non, elle comme ça. « Le passé est derrière, y revenir ne changera rien ! » Voilà ce qu'elle dirait. « Apprend de tes erreurs pour ne pas les refaire plus tard mais surtout ne regrette rien, assume tes échecs comme tes succès ! ». Un credo qu'elle a mis du temps à accepter.

     

    Samedi 6 juin 2015

     

    Depuis quelques temps, j'essaie de lui faire prendre une décision. Pourtant des décisions elle a l'habitude d'en prendre mais lorsqu’il s'agit d'elle il n'y a plus personne. J'essaie de la convaincre de reprendre le sport, de s'occuper un peu plus d'elle. En théorie elle est d'accord mais dans la pratique elle trouve toujours des prétextes, des excuses pour ne pas y arriver. Il faut qu'elle se motive, cela lui ferait du bien... En temps normal, elle est assez douée pour motiver, conseiller, encourager les autres mais allez savoir pourquoi, elle n'y arrive pas avec elle-même. On dit que les cordonniers sont les plus mal chaussés.... Elle, elle est AESH, une accompagnante d'élèves en situation de handicap.

     

     

    Lundi 8 juin 2015

     

    Sa décision est prise ! Enfin ! Avec sa meilleure amie, elle va faire la course de La Bottine 2016, version marche, pour commencer. Un défi qu'elle a lancé, comme cela sur un coup de tête. Le parcours est de 5 km à travers la ville. Elle s'est fixée un objectif : effecteur le parcours en 45mn maximum. Je me rappelle avant elle marchait beaucoup. Pour son premier poste d'AESH, elle prenait le bus jusqu'au port de Plagny puis terminait à pied le chemin, soit environs 2 km. Tous les matins et tous les midi et par tous les temps. Cela en fait du chemin à la fin de l'année....

     

     

    Lorsque je regarde en arrière, je m'aperçois du chemin qu'elle a parcouru.... Oubliée la petite lycéenne timide, effacée il y a 20 ans en arrière. Aujourd'hui elle est plus forte. Une vraie « warrior » comme dirait une de ses collègues de travail....


  • Commentaires

    1
    Dimanche 10 Janvier 2016 à 11:16

    Révérence ma chère cousine,

    Je viens te faire un petit coucou et te souhaiter un bon dimanche.Quel temps morose, pas envie de sortir ! Cet après-midi je vais travailler ma voix pendant 1 heure comme tous les jours.Demain après-midi j'ai mon cours de chant, contente de revoir ma professeur (mon dernier cours remonte au 20 octobre).Je vais m'inscrire au stage de chant qui aura lieu le 30 avril et 1er mai, je te préviendrais.

    Ton texte est bien écrit, émouvant par moment.Tu es très courageuse, tout ce que tu fais pour ta famille il faut vraiment être forte et solide, pas toujours évident.Courage pour tout ! 

    Gros bisous de Fernand et moi smile

    Florence

    2
    Vendredi 15 Janvier 2016 à 07:41

    Tu vois toi tu sais ce qu'est la vie Hécate et tu sais te battre !!!  

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